Biographie
L'Objet textile comme Mémoire Vivante
Née à Marseille en 1988 et établie en centre Bretagne, Karine N'guyen Van Tham explore la capacité du textile à se faire le réceptacle de nos existences. Son travail ne s'attache pas à la simple production d'objets, mais à une véritable exhumation de présences : elle cherche à rendre palpable ce qui survit à l’effacement, à la lisière entre l’homme et son paysage.
Tout s'origine dans une vision d’enfance, celle d’une veste suspendue dont l’absence du corps a fait une relique. Depuis ce seuil, Karine conçoit l’objet textile comme une « frontière poreuse », une peau-mémoire nourrie de nos gestes quotidiens. Sa démarche, irriguée par les travaux de C.G. Jung et de Mircea Eliade, façonne des architectures du silence — abris de pèlerins ou armures de pénitence. Elle y fait dialoguer la valeur salvatrice de la couverture chez Joseph Beuys avec la vulnérabilité des matières de Berlinde de Bruyckere et la force tellurique de Magdalena Abakanowicz.
Dans le secret de l'atelier, le geste textile répond à une phénoménologie inversée : par le dessin automatique, le trait surgit de la source intérieure avant même que l’intention ne le fige. Ce surgissement de l’inconscient, proche de l’art médiumnique, dicte ensuite le rythme de l’aiguille. Entre l’archéologie de l’intime et le retour à la terre — cet humus créatif —, son œuvre entre en résonance avec la réparation mémorielle de Louise Bourgeois et la poétique de l'absence de Christian Boltanski, là où l'usure devient un processus conteur d'histoires.
Récemment remarquée à la 60e Biennale de Venise (2024) lors de l'exposition "Per non perdere il filo" et lauréate du Prix de la jeune création européenne à la foire d'art contemporain de Strasbourg, Karine déploie un univers de résilience. Par ses « mémoires indomptées », elle nous invite à côtoyer l’objet comme on côtoie un ami : avec le temps nécessaire pour que l’absence, enfin, se fasse présence.
Biographie
Diplômée de l’École Supérieure d'Art et de Design de Marseille (INSEAMM) en 2011, elle complète son parcours par une formation en tapisserie d’ameublement avant de devenir tisserande autodidacte. Son œuvre, à la lisière de la sculpture textile, du dessin et de l’écriture, explore l’objet comme dépositaire de mémoires et de sacralité.
Son travail est récompensé dès 2017 par le Prix création de la région Bretagne des Ateliers d'Art de France, puis en 2024 par le Prix de la jeune création européenne à la foire d'art contemporain de Strasbourg.
Sa pratique prend une dimension internationale avec sa participation à la 60e Biennale de Venise (2024). Elle y expose ses œuvres au Palazzo Vendramin Grimani (Fondazione dell’Albero d’Oro) pour l'exposition "Per non perdere il filo", sous le commissariat de Daniela Ferretti.
Représentée par la galerie Espace Constantin Chariot (Bruxelles) et régulièrement exposée en France et en Europe, elle investit des lieux singuliers comme le Sofitel Paris Le Faubourg en 2026. Elle poursuivra ses recherches sur la phénoménologie de l'absence et les mémoires collectives à la Grande Poudrière de Port-Louis en 2027, à la suite d'une résidence de création consacrée aux traces de l'esclavage.


Karine N'guyen Van Tham dans son atelier en Bretagne - Broderie pour La nonne de tous les chemins.
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