Démarche Artistique
Ma pratique artistique se déploie à la lisière du textile, de la sculpture et du paysage. Elle s’ancre dans une recherche phénoménologique où le tissu n’est pas un simple support, mais une mémoire vivante, un réceptacle du temps et de l’invisible. Mon travail ne consiste pas à produire des objets, mais à exhumer des présences enfouies dans les replis de la matière. De ce « seuil » originel - le souvenir d’une veste suspendue dont l’absence a fait une relique - est née une réflexion sur l'objet textile qui jalonne notre quotidien comme révélateur de mémoires sédimentées et d'histoires en suspens.
Initiée par l'exploration de l'inconscient personnel et familial, ma pratique a d’abord sondé la valeur sentimentale de l’objet et sa capacité de résilience. En résonance avec les recherches de Louise Bourgeois, j'ai travaillé sur le textile comme un outil de suture face au deuil ou au regret, à l'instar du vêtement-relique À mon frère (2022) ou de l'armure scellée sur bois Le temps des regrets (2025). Cette recherche s'est prolongée dans une dimension universelle lors de ma résidence au Palazzo Vendramin Grimani en 2024, en résonance avec la Biennale de Venise. À travers le triptyque monumental À corps ouvert, les matelas sont devenus des corps exposés, rejoignant la force organique des œuvres de Magdalena Abakanowicz.
Forte de cette pratique au long cours, indispensable pour apprendre à contenir les flux mémoriels, ma démarche a opéré un point de bascule majeur à la fin de l’année 2025, où ma recherche s'est faite le vecteur de l'inconscient collectif. Cette transition s'est d'abord cristallisée à travers le corpus mongol, où mon travail a touché à la sacralité, à la cosmogonie et aux forces telluriques. Des pièces comme le manteau monumental Mon père soleil levant manifestent une vision purement animiste : le textile n'est plus un décor, il devient une extension du corps et du paysage fusionnés.
Aujourd'hui, cette archéologie textile du vivant se déploie simultanément sur deux mémoires collectives qui s'équilibrent. D’un côté, le corpus mongol m’apporte une verticalité sacrée, un lien puissant entre la terre et le ciel. Cet ancrage m'est indispensable pour soutenir le processus qui consiste à sonder, de l’autre côté, l’abîme historique de l'esclavage. Recherche initiée dès 2019 qui s'impose à moi désormais de manière universelle. Puisant dans la symbolique de la couverture salvatrice de Joseph Beuys, mes pièces conçoivent des « objets frontières » où par le fil, la teinture végétale et le geste lent, la matière se fait outil de réparation profane pour panser les corps disparus et les lignées brisées
Cette archéologie ne saurait exister sans son double graphique. Le textile et le dessin forment les deux faces d’une même pièce, deux grilles de lecture complémentaires : le dessin est le lieu de l’extraction brute, tandis que le textile en devient la sédimentation formelle. De cette rigueur a surgi la nécessité absolue du dessin automatique de la main gauche. Loin d’une démarche cathartique ou d'un simple abandon médiumnique que mon protocole dépasse, la main se fait le sismographe d'une force qui traverse l'individu. Irrigué par la psychologie analytique de Carl Jung, ce processus strict d’état modifié de conscience fait surgir aussi bien des archétypes immémoriaux que des résurgences mémorielles et des données factuelles d'une précision historique saisissante.
Dans mes carnets, chaque expérience est minutieusement documentée : j’y consigne le protocole de l'auto-induction avec l’heure, les visions et les ressentis physiologiques face à la vignette du dessin originel. Telle une phénoménologie inversée, une fois ce relevé effectué, je mène une véritable enquête comparative, anthropologique et archéologique, pour identifier les corrélations avec l'inconscient collectif. Le dessin n’est plus seulement une œuvre : il devient un document visuel, une cartographie somatique qui appuie, ancre et valide mon récit dans le réel, offrant au travail textile sa vérité sémantique.
Oeuvres
Corpus I : Mémoire Mongole du XIIe siècle




Mon père soleil levant - Vue de l'exposition Printemps Nomade au Sofitel Paris Le Faubourg - 2026
Mon père soleil levant – Manteau de protection
2025-2026
Tissage artisanal des textiles, teintures végétales. Toison de brebis, sculpture textile et techniques diverses de vieillissement des matières. Perles.
180 x 150 x 25 cm








Le feu de l'enfant – Rite de mutation des os
2026
Tissage artisanal des textiles, teintures végétales sur soie.
55 x 50 x 40 cm


La rivière aux ancêtres - Rubans
2026
Tissage artisanal des textiles, teintures végétales sur lin. Broderie.
250 x 8 cm & 220 x 15 cm


Dessin #4 - La rivière aux ancêtres - Restitution d'une vision hypnagogique
2026
Mine graphite et crayons de couleurs sur pastels secs.
45 x 65 cm


[Note de recherche et corrélation anthropologique - Corpus Mongol : La Dent-Cosmos] - Extrait
L'homologie Corps-Cosmos (Les Dents-Étoiles) :
La correspondance perçue entre les dents et les étoiles s'inscrit dans le concept du microcosme humain reflétant le macrocosme céleste (M. Eliade). Le corps est un univers miniature où la dentition incarne l'éclat et la fixité des astres.
La dent noire et la lignée du Père :
En Haute-Asie, l'os et la dent symbolisent le "principe d'ossature" hérité de la lignée paternelle (R. Hamayon, La chasse à l'âme). Les dents noires ou altérées traduisent physiquement un désespoir mémoriel ou une crise de l'honneur familial, exigeant un rituel de réparation et de pardon auprès des ancêtres.
Le Soleil et les dents des chefs :
L'exposition des dents au soleil répond aux cultes solaires de régénération. De plus, la croyance en la solidité supérieure des dents des chefs est documentée dès les chroniques médiévales (L'Histoire secrète des Mongols) : le souverain, choisi par le Ciel, possède une dentition sacralisée, gage de sa puissance spirituelle.
[...]


Dessin #3 - Rite funéraire
Dessin #1 - Chez-moi
Dessin #2 - L'enfant oiseau
2026
Mine graphite et crayons de couleur.
21 x 29,7 cm






Série Humus - Série de coiffes
2022-2026
Tissage artisanal des textiles en lin, teintures végétales. Toison de brebis, sculpture textile et techniques diverses de vieillissement des matières. Broderie d'écailles de pommes de pin.
Dimensions variables - en moyenne : 50 x 22 x 25 cm






Corpus II : Mémoire de l'esclavage






Dessin (Détail) #5 - Les hommes accostent
Dessin #4 - L'incendie
Dessin #9 - La cale
2026
Mine graphite et crayons de couleur sur papier huilé.
21 x 29,7 cm - 29 x 44 cm - 50 x 65 cm






Dessin #11 - Le filet
2026
Mine graphite et crayons de couleur sur papier huilé.
24 x 32 cm
Dessins #13 & #14 - Le peuplier et La roche repère - Diptyque
2026
Mine graphite et crayons de couleur sur papier huilé.
24 x 32 cm




Main-d’œuvre - Accumulation de manches.
Œuvre textile au long cours
Initiée au premier point en 2026 - Œuvre continue
Teintures végétales sur manches tissées et cousues main. Assemblage et usure des matière. Photos ci dessus Immersion dans les eaux de Port-Louis (Bretagne) - Résidence Juin 2026.
Dimensions : Échelle évolutive
Corpus III : Les Origines (2019 - 2025)
À mon frère




" Mon ami,
Mon frère,
Toi et moi,
C’était Anda
Et sonna le glas,
Dans les cieux et l’au delà.
Sous le grand ciel Tengri,
Ce n’est qu’un court adieu, mon ami.
[...]
C’était soudain,
Comme l’écume d’une fin d’été entre nos mains.
Mais mon frère, j’ai dû faire face,
Et de toi, j’ai gardé une trace.
Ta dernière demeure t’offrira pour toujours les rayons de l’Ouest,
Et le vent tes dernières caresses.
Je me souviens des vols suspendus des rapaces,
Et de leurs ombres dont seules les falaises en gardent les traces.
[...]
Ta mort a fait de moi un homme solitaire,
Et j’ai continué à saluer notre terre.
J’ai appris à écouter d’autres chants,
Ceux des saisons, des pluies et des torrents.
Parce que mon frère, c’est aussi dans la mort que l’on apprend,
Que l’on apprend à aimer le chant de l’instant.
J’irai seul,
J’attendrai mon dernier linceul.
Et j’aurai, mon frère,
Une dernière pensée,
Avant de te retrouver.
Parce que mon frère,
Anda, lui, ne meurt jamais. "
Extrait - À mon frère
À mon frère - Relique textile suspendue
2022
Tissage artisanal des textiles et rubans en lin, teintures végétales. Toison de brebis, sculpture textile et techniques diverses de vieillissement des matières. Écriture sur papier usé.
Dimensions : 46 x 28 x 34 cm
Le temps des regrets
" J’ai laissé mes veines endormies aux pieds du lit,
Et goûté au pieu de la nuit.
Je l'ai vu, se plier sous son poids,
Emporter avec elle des troncs de nuages bas.
Je me suis réveillé,
D'un sommeil trop léger,
Réveillé,
Par des dénis venus frapper au grenier.
Sur mon buste, des paysages de feu et de sang,
Et la masse dans ma poitrine, loin de toute doctrine.
Maintenant, je me souviens,
Avoir écumé les vertes vallées,
Déversé l'obscurité sur les blés.
Fait tailler des croix sur les sommets des troncs,
Pour vous surplomber à ma façon.
Et comme pour me montrer un chemin,
J'ai vu aux sommets des falaises le Divin,
Comme le doigt d'un dieu qui plus jamais ne s'éteint.
Et ma rétine qui maintient,
Et cette lumière qui m'étreint.
Alors j'irai,
Creuser la montagne,
Avant qu'elle ne se fane.
Et sous la voûte des dieux,
Demander à mes aïeux.
Pourquoi j'ai dévié,
Pourquoi mes artères se sont vidées.
J'irai bercer mes morts et mes naissances,
Dans ces vies souvent dénuées de sens.
Si ce n'est celui que je peine à leur donner,
Par des luttes acharnées.
l me faudra, déloger les cœurs enfouis sous les pierres,
Il me faudra à nouveau, faire de vous mes frères.
J'irai sceller ce qui a précédé mes armées,
Et laisserai mes contemporains me juger,
Si tant est qu'un dieu ne s'en soit pas encore chargé.
J'irai tantôt pèleriner,
Tantôt prier voûté,
Pour enfin,
Mourir allongé,
Comme l'ombre des croix près des falaises acérées,
Là où les roches se confondent aux restes des vertes vallées. "
Le temps des regrets




Le temps des regrets - Dessin sur bois
2025
Dessin sur papier enduit, bois
20 x 20cm
Le temps des regrets - Armure scellée sur bois
2025
Tissage artisanal des textiles et rubans en lin, teintures végétales. Toison de brebis, sculpture textile et techniques diverses de vieillissement des matières. Broderie d'écailles de pommes de pin.
Dimensions : 100 x 67 x 10 cm






Le temps des regrets -
2025
Dessins et poèmes sur papiers enduits. Extrait - tailles variables : de 20 x 13 cm à 30 x 23 cm




2025 - Exposition personnelle - Lauréate prix de la jeune création Européenne 2024 - Foire d'Art contemporain de Strasbourg, Fr







À corps ouvert – Murs matelassés sculptés -Triptyque
2024
Tissage artisanal des textiles, et rubans, teintures végétales. Toison de brebis, sculpture textile. Techniques diverses de vieillissement des matières. Travail du bois.
420 x 220 x 30 cm
Film réalisé par Maco film
" Si je pouvais,
À l'écoute de vos pas sur les pavés,
Je me dévoilerais.
Je vous dirais,
Que sans nul doute, j'ai eu le temps.
Tout le temps, pour détailler chaque mouvement,
Et m'ouvrir, parfois, à mes dépens.
Pour n'être qu'une âme à ciel ouvert
Et mes dernières barrières,
Écumées par les larmes de vos prières.
Je vous ai vu, j'ai vu dans vos yeux,
La foi portée à la mère au voile bleu.
À chaque entrevue avec la lune, je venais à votre chevet,
J'allais chuchoter à vos pieds.
Sens-tu ce souffle ?
Celui-là même sur lequel tu te couches.
Celui-là même qui nous dirige inexorablement vers la fin,
Comme l'épaisseur d'un vieux chagrin.
Si je pouvais,
Je vous dirais,
Que je ne dors jamais,
Je contemple l'éternité.
[...]
Pour te dire,
Une dernière fois,
Que si je venais à m'écrouler,
Alors,
J'irais mourir, à genoux, sur les cimes des forêts. "
Extrait - À corps ouvert
À corps ouvert


Résidence "Foreigners everywhere" Fondazione dell albero d'oro, Palazzo Vendramin Grimani - Biennale de Venise 2024Crédit photo Andrea Avezzù - 2024


Exposition "Per non perdere il filo" Fondazione dell albero d'oro, Palazzo Vendramin Grimani - Biennale de Venise 2024Crédit photo Ugo Carmeni